MENU


RETOUR SUR UN PROCES EN TROMPE-L’ŒIL

Publié le 13 Décembre 2019 (Mis à jour le :15-12-2019)


Le 04 novembre, un camarade de la FA et de la CNT comparaissait au tribunal de Chambéry pour les chefs d’inculpation suivants : violence sur personnes dépositaires de la loi, rébellion et entrave au bon déroulement d’un conseil municipal. Retour sur l'affaire et le procès

Nous profitons de ce retour pour saluer et remercier chaleureusement les copains et copines, les orgas et collectifs qui ont participé de différentes manières (messages, rassemblements, caisse, soirée, etc ...) au soutien des inculpés. 
La solidarité est notre arme.

DEROULEMENT DU PROCES :

Devant le palais de justice, un grand nombre de militants étaient présents pour manifester leur solidarité et exprimer tout leur soutien à l’inculpé. A l’entrée du palais de « justice », un dispositif policier important filtrait les entrées et force est de constater que la majorité des personnes souhaitant assister à cette audience publique n’ont pas pu rentrer[4].

Après l’audition de notre camarade, la vidéo de l’AFFAIRE est visionnée et les plaidoiries de l’accusation se succèdent. D’abord la procureure qui se prend les pieds dans sa robe en essayant de nier la présence des chiens dans la salle du conseil (la vidéo lui donne tort), puis l’avocat de la mairie qui part dans des envolées lyriques sur la démocratie citant tour à tour Churchill, Ravachol ou Bakounine, puis qualifiant le présumé coupable « d’anarchiste en culotte courte ». Nous vous laissons juger par vous-mêmes avec cette citation de l’avocat : « Aujourd’hui, il n’y a plus de sanctuaires. Depuis les Grecs, il y avait des lieux inviolables : les écoles, les hôpitaux […], les choses ont bien changé aujourd’hui : on agresse dans les écoles, on tue dans les lieux de culte, on s’en prend à des juges et on choisit comme mode d’action de perturber un conseil municipal. La violence est partout, on va semer le désordre là où l’ordre doit régner. Il faut que ces personnes qui ont la légitimité du suffrage universel puissent faire leur travail ! »[5]. Tout ça pour annoncer au doigt mouillé que les « dégâts matériels sont considérables » : 7 407,80 € de dégâts … Mais surtout, une atteinte à l’image de la ville, vous rendez-vous compte ? Chambéry est la 35ème ville la plus attractive, la 23ème [6] pour les étudiants, « mais tout ceci cause préjudice à l’image de la ville ».

Image title

Donc, si on comprend bien la plaidoirie de l’avocat : un homme meurt menotté, des personnes manifestent, des politiques expliquent le décès par le comportement de la victime, un militant bouscule une policière… Le problème est donc que le militant nuit à l’image de la ville.
Vient ensuite le défenseur de la policière, encore une fois les mêmes raccourcis : « force contre démocratie, comme toujours c’est la police qui trinque ». L’accusé maltraite la victime…

Puis l’avocat de notre camarade, revient sur les belles leçons prêchées par ses contradicteurs. La mairie, chantre de la démocratie, n’a fourni aucune pièce : pas de facture, pas de devis, pas de délibération du conseil municipal donnant mandat à l’avocat, pas de délibération de la mairie actant le fait qu’elle se porte partie civile… Magnifique pour des incantateurs de la démocratie, en plus d’être narquois, ils ne sont pas capables de respecter des procédures… ils seront déboutés de leur demande !

Il revient sur la violence, qu’est ce que la violence ? « cela fait un an que les gens descendent dans la rue avec un gilet jaune, vous savez ce gilet avec lequel on signale sa situation de danger… Cela fait un an que des gens descendent dans la rue pour alerter sur leurs situations de précarité. Au cours de cette année, Mme Zineb REDOUANE est morte, suite au tir d’une grenade lacrymogène émanant de la police. Au cours de cette année, 25 personnes ont été éborgnées, 5 mains ont été arrachées, des dizaines de milliers de gardes à vue, des milliers de condamnations… mais pas pour les lanceurs de grenades lacrymogènes ou de LBD. Voilà où est la violence ! Pas dans la poussette pour laquelle nous sommes ici. Que la raison soit gardée sur la notion de violence dans la société ! […] Combien de conseillers municipaux ont été entendus dans le cadre de cette procédure ? Combien de manifestants ? On a entendu que des policiers… Police partout, élu-e-s nulle part ! […] cette enquête est clairement à charge, la note des renseignements territoriaux est un torchon : « fort sentiment anti-police », c’est quoi un sentiment anti-police ? La photo provient d’une manifestation contre l’implantation du bastion social à Chambéry, l’inculpé prépare des soupes, organise des projections ou des concerts… Il y a clairement là une confusion, sauf à assimiler police et fascisme !

Pour l’entrave, il doit y avoir une réunion de deux conditions : entrave matérielle avec concertation, il y a plus de 100 personnes dans la salle et le ministère public en poursuit seulement deux… et il doit y avoir des menaces, je n’ai rien entendu, qu’est-ce qui justifie ces menaces ? Des gens qui demandent au maire de s’exprimer sur un fait autrement plus scandaleux que ce qui nous réunit aujourd’hui ! Le Dauphiné libéré qui n’est pourtant pas connu pour ses idées de gauche refuse de diffuser les images, pour le respect de la dignité de la victime. Mr Bey a été traîné au sol dans les escaliers, puis dehors, jusqu’à la voiture de police… N’est-ce pas cela qui porte atteinte à l’image de Chambéry ? [Le juge regarde ses pieds] De qui se moque-t-on ? Le décès de Mr Bey, là est le scandale ! Quelques personnes qui entrent dans le conseil municipal avec une banderole et qui demandent au maire de s’exprimer sur cette tragédie, c’est ça les menaces ? Sur la base de ces éléments, la relaxe doit être prononcée ! »

On passe sur les détails de ce qui reste un procès qui vise à faire passer les anarchistes pour les grands méchants et la police et ses pratiques pour l’organe indispensable de maintien de la démocratie.

LE VERDICT :

Les réquisitions préconisaient, 8 mois de prison avec sursis, 3 000 € de dommages et intérêts, 2 000 € de dommages et intérêts pour la policière, 400 € d’amende pour les frais de justice et un stage de citoyenneté.
Notre camarade sera relaxé pour les faits d’entrave au conseil municipal, mais jugé coupable sur les faits de violences et rébellion : 6 mois avec sursis, 400 € d’amende pour les frais de justice, 600 € pour la policière et un stage de citoyenneté. Le tribunal a considéré comme irrecevable le fait que la mairie se porte partie civile, dans la mesure où elle n’a pas présenté de document donnant mandat à l’avocat pour la représenter…
Sur cette affaire, chacun-e jugera de la lourdeur de la condamnation.  

Quoi qu'il en soit, si ces poursuites et condamnations démontrent la fébrilité du pouvoir et de ses flics, elles n'entament en rien la détermination de notre camarade ni celle de notre groupe ! 

Image title


Rappel du contexte : expulsion à Bellevue, 1 mort :
Le 03 juillet 2019, Mr Lakhtar BEY était expulsé manu militari d’un logement vacant et insalubre qu’il occupait avec sa famille. Le sentiment d’injustice provoqué par cette expulsion l’amenait à se débattre et à refuser toutes les propositions des « forces de l’ordre » et des « services sociaux ». Plaqué au sol, menotté devant ses enfants, il se trouvait traîné dehors par les cerbères de la « justice ». Alors que les voisins demandaient calme et bienveillance au motif de problèmes cardiaques de Mr BEY, les policiers continuaient leur besogne, se rendant finalement compte une fois la personne chargée dans la voiture qu’elle était en train de décéder. Les bourreaux tenteront bien une réanimation, malheureusement trop tardive[1].
Le 08 juillet, une foule scandalisée par ce fait divers macabre (relayé par beaucoup de médias de masse[2]) se réunissait devant la mairie pour afficher son soutien à la famille et dénoncer les expulsions. Un certain nombre de personnes décidait alors d’aller interpeller le conseil municipal, dont le maire est vice président de Cristal Habitat (organisme bailleur social de la Ville, chargé d’administrer ce logement et de mettre en œuvre la requalification urbaine censée améliorer la vie du quartier…). Aux slogans hostiles aux violences policières et aux expulsions, la municipalité, via son maire, répondait par mépris et dédain dont il sait tant faire preuve face à celles et ceux qu’il considère comme des agitateurs gauchistes. À vrai dire, ses ricanements face à cette situation montrent qu’en plus de ces « gauchistes », c’est aussi les personnes aux situations sociales difficiles qu’il méprise (il serait intéressant de faire un bilan de cette droite bête et méchante sur le sujet).Suite au refus des manifestants de se contenter de cette fin de non recevoir, le maire ordonne à ses cerbères de faire évacuer la salle. Entrent donc dans la salle du conseil : la Brigade canine (les chiens…), accompagnée de la Brigade anti-criminalité, pour accomplir leur « mission de maintien de l’ordre et de protection de la démocratie[3] ».
Devant le peu d’entrain des manifestants à sortir, la police pousse des personnes, des tables, cherchant à expulser (de nouveau…) les manifestants. Une policière est repoussée par notre ami, qui comparaissait donc devant la justice pour cette poussette, pour avoir réussi à s’extirper de la salle et pour avoir « provoqué un chaos ne permettant pas à la séance du conseil municipal de se tenir ».

[1]« Reportage » de BFM sur le sujet : https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/chambery-ce-que-l-on-sait-sur-la-mort-d-un-pere-de-famille-lors-de-l-expulsion-de-son-logement-par-la-police-1173042.html
[2]Lien France 3 : https://www.youtube.com/watch?v=N-yjYyezGHM
Lien CNEWS : https://www.youtube.com/watch?v=K19KTY-JVbs
Lien RTL : https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/video-savoie-un-homme-decede-apres-un-malaise-cardiaque-lors-d-une-expulsion-7797978253
Lien le parisien : http://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-lors-d-une-expulsion-dans-une-cite-a-chambery-il-n-etait-ni-terroriste-ni-criminel-08-07-2019-8111835.php
http://www.leparisien.fr/faits-divers/chambery-un-homme-meurt-d-une-crise-cardiaque-au-cours-d-une-expulsion-musclee-d-un-hlm-04-07-2019-8109234.php
http://www.leparisien.fr/faits-divers/il-voulait-defendre-sa-famille-lakhdar-bey-50-ans-est-mort-lors-de-son-expulsion-04-07-2019-8109981.php
[3]Dixit l’avocat de la mairie pendant le procès de notre compagnon
[4]Cette audience se passait dans une petite salle, là où d’autres salles peuvent accueillir un public plus nombreux
[5]Sur un ton grave et solennel, imaginez une tragédie grecque…
[6]En réalité, 26ème sur 44 en baisse à la rentrée 2019 suivant le site : https://www.letudiant.fr/palmares/liste-profils/palmares-des-villes-etudiantes/classement-general-des-villes-etudiantes/home.html#indicateurs=900645,900646,900647,900648,900649&criterias


FA73