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Etre migrant à Chambéry à Noël

Publié le 30 Décembre 2016 (Mis à jour le :01-01-2017)


Certains faits nous ramènent brusquement à la réalité et nous sortent de notre torpeur : ils dorment dehors à Chambéry, ils ont 1 an, 2 ans, 4 ans, 5 ans, 13 ans… Leurs parents sont venus demander l’asile en Savoie. Voici le récit des derniers jours.

- Mercredi 21 décembre 2016, 16h : contact d’une bénévole de la permanence d’accueil des demandeurs d’asile ; 3 familles nouvellement arrivées comprenant 5 enfants de moins de 6 ans dorment dehors depuis quelques jours car il n’y a plus de place d’hébergement d'urgence. A la hâte, nous identifions 3 logements où des amis peuvent les accueillir pour la nuit. A 19h30, nous allons avec cette bénévole les chercher à la sortie de la cantine savoyarde. Elles sont malheureusement déjà parties. Maraude improvisée. Sans succès.

- Jeudi 22 : les familles sont retrouvées à l’accueil de jour. Elles ont dormi dehors. Le 115, joint en début d’après midi comme tous les jours répond qu’il n’y a toujours pas de place. Le bas âge n’y changera rien. Coups de fil. Nous trouvons 3 lieux d’accueil pour la nuit. A 19h, les 3 familles sont prises en charge par ces particuliers. Elles dormiront au chaud.

- Vendredi 23 : les familles retournent à l’accueil de jour le matin. Même réponse du 115 l’après midi. A nouveau coups de fil à Chambéry et en Chartreuse pour trouver des solutions. L’organisation des uns et des autres pendant les vacances complique les choses. Des hébergements sont finalement identifiés, pas forcément les mêmes. Les familles sont logées. Soulagement à nouveau.

24, 25, 26, 27. Le même scénario se répète et Noël n’y changera rien. Au contraire. Aucune place n'est disponible au 115 qui est joint tous les jours de cette fin décembre. Nous multiplions de notre côté les appels téléphoniques et les mails. Qui pourra accueillir ? combien de personnes ? combien de temps ? dans quelles conditions ? Incompréhension de l’absence de réaction des pouvoirs publics face à cette situation. N’est-ce pas de leur responsabilité ? Jusqu’à quand devrons nous y pallier ? N’y a-t-il pas un gymnase, une salle, des chambres d’hôtel, pour que la nuit se passe de manière à peu près acceptable ? En attendant que d’autres solutions plus « structurées » voient le jour ?

L’afflux récent de demandeurs d’asile est sans précédent d’après les bénévoles qui les reçoivent et qui se sentent démunis par l’absence de solution de logement. Il y a des personnes seules et notamment des mineurs qui dorment dehors ; il y a donc aussi des familles. De nombreuses questions sont posées par ces arrivées dans notre ville, mais il y a d’abord des besoins vitaux et des besoins de dignité.

Il faut saluer ici l’investissement des associations, de tous les bénévoles et salariés de l’accueil de jour, de la cantine savoyarde, des centres d’hébergement d’urgence, des soignants, de ceux qui recueillent le récit, orientent pour les démarches administratives de demande d’asile, soutiennent. Ces accompagnements sont signes d’humanité. Ils ne préjugent en rien de la légitimité de la demande d’asile des migrants, ni de la décision favorable ou non de l’octroi de cet asile.

Nous ne pouvons nous résoudre à ces faits qui se déroulent sous nos yeux.

Via Mediapart


Réseau de citoyens du bassin chambérien