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L'État c'est le coup d'État, la Révolution c'est la Liberté

Publié le 22 Juillet 2016 (Mis à jour le :23-07-2016)


Communiqué de nos camarades turcs du DAF (Action Anarchiste Révolutionnaire) sur le coup d'état militaire manqué en Turquie.

Le coup d'État, une réalité constante liée au rôle de l'État dans le contexte géopolitique présent depuis le coup d'État militaire de 1980, a resurgi après 36 années, dans la nuit du 15 juillet.

Beaucoup de bâtiments publics ont été bloqués quelques heures pendant la mobilisation des militaires à Istanbul et Ankara. Le coup d'État a démarré avec des passages d'avions de combat à Ankara et le blocage de ponts à Istanbul par des soldats, et s'est poursuivi par la prise en otage du chef d'état-major et les fracas de tanks et de coups de feu dans les rues. Beaucoup de bâtiments publics ont essuyé des tirs d'avions F16 et d'hélicoptères, y compris l'immeuble du parlement et le quartier général de la National Intelligence Organisation [Services nationaux du renseignement] ; on entendait à beaucoup d'endroits des échanges de coups de feu entre soldats et policiers, la télévision d'État a été interrompue et une déclaration des putschistes signée « Peace at Home Council » [expression reprise des mots célèbres de Mustafa Kemas Atatürk : Peace at Home, Peace in the World] a été lue. Quand le « Coup d'État de 5 heures » s'est terminé, plus d'une centaine de soldats, plus de 80 policiers et plus de 80 manifestants opposés au coup d'État ont été tués, 2839 militaires, dont beaucoup de gradés, ont été placés en détention.

Pendant cette période de 36 années, le coup d'État militaire en tant qu'outil d'oppression politique, de violence et d'élimination de personnes, a été utilisé comme une menace par l'armée à maintes reprises. Aucun doute, pour nous, coup d'État signifie torture, élimination et massacre de personnes dans le contexte géopolitique de ces périodes. Il est évident qu'une structure qui tire son pouvoir des massacres qu'il commet, continuera à commettre d'autres massacres au nom de la « protection de l'unité indivisible du pays ». Le récent coup d'État résulte d'une lutte entre différents groupes de pouvoir au sein de l'État. Peut-être, l'existence cachée de groupes de pouvoir en dehors de l'État élargit plus largement cette explication. Cependant, il ne fait aucun doute que ceux qui ont renforcé leur pouvoir à l'issue de ce « Coup d'État de 5 heures »sont le gouvernement actuel et le chef de l'État.  

La nuit où a démarré le coup d'État s'est transformée en une « vacance de la démocratie » pendant que le pouvoir d'État reprenait le contrôle. Le parti au pouvoir, l'AKP, a gagné le titre de « rempart au coup d'État » grâce à sa victoire sur les putschistes, renforçant sa légitimité liée au fait d'avoir été « bien élu ». Durant la nuit, toutes les chaînes de télévision ont fait des émissions pour accompagner cette victoire et ont fait de la propagande pour diffuser l'illusion que la démocratie s'incarnait dans Tayyip Erdongan. Cette propagande a aussi été diffusée en continu par les médias de l'opposition. Dans ce combat pour le pouvoir d'État, non seulement les médias se sont rangés au coté de Tayyip Erdogan, mais ils ont aussi participé à pousser la population à envahir les rues.

Tout autant que les médias, les partis d'opposition au parlement n'ont pas « ménagé » leur soutien à l'AKP dès le début des événements ; ils sont tombés dans le piège tendu par le pouvoir d'État : « empêchons que d'autres se mêlent de politique ». Leur position « être aux côtés de la démocratie contre le coup d'État » masque leur ignorance politique. Tout cela montre clairement qu'à court terme ils ne se mobiliseront que pour renforcer la politique du pouvoir d'État. Définir comme des « supporters de la démocratie » ceux qui se déclarent prets à « mourir quand Tayyip Erdogan nous dira de mourir », remplissent les places de slogans tel « nous voulons le rétablissement de la peine de mort », se consacrent à lyncher quiconque leur tombe sous la main, n'est-il pas un signe de la stagnation politique de ces mêmes partis ?

Avec ce coup d'État et la victoire contre ce coup d'État, l'AKP a maintenant les conditions dont il avait besoin pour mettre en place une transformation idéologique de la société. Les « 50 % qui se sont difficilement résignés à rester à la maison », désignés comme une menace par Tayyip Erdogan pendant les manifestations du parc Gezi, étaient cette fois dans les rues. La culture fasciste qui est une partie importante de la transformation idéologique qui se répand à partir du système de lois de la vie sociale, a été réanimée par ceux qui ont été mobilisés par l'État dans les rues. Non seulement ça, ils sont apparus comme des gens essayant de défendre la démocratie... Il n'est pas difficile de deviner comment ces « mobilisations démocratiques » vont se trouver confrontées à ceux qui sont opprimés de différentes façons et à différents endroits. Nous avons déjà entendu parler de lynchages de personnes ne prenant pas partie pour le renforcement du pouvoir de l'État.

Cette lutte de groupes du pouvoir tentant de conquérir l'État, qui a un rôle majeur dans l'aggravation de l'injustice économique et politique, n'est rien que la continuation de l'autorité des oppresseurs sur les opprimés, afin de détruire leur liberté. Il n'y a aucun doute que ni une dictature visible ou invisible, ni des structures militaires ou civiles, ni un coup d'État, ni l'élection de pouvoirs politiques qui sont l'ennemi du peuple, n'ont quelque chose à voir avec la volonté du peuple. Nous, qui affirmons qu'une vie libre ne peut être créée par un coup d'État ou par des élections, savons que l'existence d'un État est un coup d'État contre la liberté et que notre révolte continuera jusqu'à la création d'un monde de liberté. L'État c'est le coup d'État, la révolution c'est la liberté. Ce dont nous avons tous besoin n'est pas d'abandonner nos espérances dans des luttes entre divers pouvoirs, mais de comprendre que l'espoir réside dans la révolution pour la liberté.

17 juillet 2016 

DAF (Action révolutionnaire anarchiste)

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