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Brexit, Victoire ou défaite ?

Publié le 03 Juillet 2016


Le Royaume-Uni a voté pour la sortie de l'Union Européenne. Victoire ou défaite ? Début de réponse à travers le texte du Groupe des Bons Enfants (Nantes) et celui de Graines d'Anar' (Lyon)

SE RÉJOUIR DU BREXIT ? - Texte 1

Nous sommes face à une victoire du « Leave » alors que les débats autour des campagnes se sont uniquement axés autour de l'immigration, de la circulation des personnes, du terrorisme, de l’Islam, de l’identité, et absolument pas autour de l'économie, des acquis sociaux ou des conditions de vie de la classe ouvrière. Le Brexit s'est bien plus nourri de la xénophobie, du nationalisme et de la démagogie d'extrême-droite que d'une hypothétique révolte sociale.

L'Union Européenne incarne le paradigme du développement d'une forme de Post-Démocratie, où une bourgeoisie supranationale est aux commandes et bafoue les illusions démocratiques que nous ont vendu les démocraties représentatives pendant des décennies : mais pour autant, lutter contre cette organisation semble bien futile si cela n’a pour but que de renforcer des institutions nationales d’ailleurs en parfait accord avec les politiques actuelles de modernisation économique imposées par le parlement européen et la BCE.

La nature des structures étatiques et supra-étatiques qui dirigent et assurent la domination sans partage du Capital nous importe peu : leur rôle restera toujours le même, celui de protéger les intérêts bourgeois, peu importe l’État que nous aurons au-dessus de nos têtes. Sortir de l'Union Européenne ne changera strictement rien pour les Britanniques si le rapport capitaliste n’est pas remis en cause, que l’État soit anglais, britannique, européen ou mondial.

Nous ne pouvons pas nous laisser diviser par des luttes nationalistes, où les protagonistes sont plus occupés à réfléchir à la géographie et à l'identité du territoire plutôt qu'à la fonction fondamentalement oppressive de l’État.

Dans cette histoire, il convient également de dénoncer le travail des partenaires de la bourgeoisie que sont les partis politiques « de gauche » (travaillistes en tête), qui ont totalement abandonné la défense des intérêts de classe pour se prosterner devant le pouvoir étatique et capitaliste, d'autant plus lorsque cette collaboration donne lieu à des alliances impures entres souverainismes (bien que loin d'être surprenantes) de « gauche » et de droite, voire d'extrême-droite. C'est par exemple sans aucun soucis qu’en France, un Chevènement s'alliera à un Nicolas Dupont-Aignan toujours plus à droite, que certains ont appelé par le passé à un « front souverainiste » allant de JL Mélenchon jusqu'à la famille Le Pen, ou même qu’un parti de gouvernement de « gauche » comme Syriza s'est allié avec un parti de droite réactionnaire et xénophobe comme les Grecs Indépendants.

Mais au lieu de blâmer le nationalisme de ces mouvements souverainistes de « gauche », il est plutôt temps de se débarrasser pleinement et simplement de cette gauche qui veut encore faire croire au prolétariat que la tyrannie du capitalisme proviendrait seulement de l'Union Européenne ou du libéralisme, et que le souverainisme permettrait d'amener une réelle démocratie.

En effet, depuis un long moment déjà, nous voyons émerger une génération de mouvements souverainistes et nationalistes, de l'UPR jusqu'aux soraliens en passant par les Gentils Virus d'Etienne Chouard, qui se veulent « révolutionnaires » et « résistants » à un « ordre établi » qui serait représenté par l'Union Européenne bureaucratique et « dictatoriale » (discours traditionnel de l’extrême droite qui blâme le capital comme apatride et ne dénonce pas les bourgeoisies nationales). Leur popularité est grandissante alors qu'ils surfent sur une vision totalement mensongère de ce que serait une démocratie réelle, sans compter leur nature fasciste, et leurs inversions de langages, eux qui étiquettent justement d’« antifasciste » toute personne s'opposant à la politique de l'Union Européenne.

L'idée que le renforcement de l’État et de la souveraineté nationale permettrait de changer les choses (idée commune à une certaine gauche et une grande partie de la droite et extrême-droite) est fallacieuse et doit être définitivement éliminée. Le pouvoir sera toujours confisqué par les propriétaires qui rythment le monde selon leurs intérêts économiques personnels. Leur pouvoir réside dans le contrôle des moyens de production, de communication et de coercition : et nous ne pouvons aucunement imaginer un système égalitaire et juste sans l'abolition de la propriété privée et sans la réappropriation des outils de vie par l'ensemble de la Communauté Humaine.

Aucun vote de contestation face à l'Union Européenne ne pourra être un « vote de classe » comme certains peuvent le prétendre. Le prolétariat ne peut pas trouver sa voix dans un vote dont les règles sont fixées par l’État capitaliste, dans un référendum dont toutes les issus ne font que favoriser différentes franges de la bourgeoisie. Les divisions et les luttes intestines des propriétaires, patrons et autres capitalistes ne nous concernent pas et nous devons réaffirmer une unité de classe qui dépasse les frontières et les identités régionales, nationales ou culturelles.

L'abstention est nécessaire quand le pouvoir veut nous faire choisir entre une bourgeoisie nationale et une bourgeoisie européenne. L'internationalisme doit rester l'apanage de nos luttes pour ne pas se laisser diviser par les questions bourgeoises de l'identité. Notre lutte ne se situe pas dans un antagonisme souverainisme/libéralisme (d’ailleurs factice) qui est un schéma politique bourgeois. Nous n'accepterons jamais les schémas d'affrontement imposés par la classe dominante.

Nous ne pouvons pas fêter la victoire du « Leave », au même titre que nous n'aurions pas fêté la victoire du « Remain ». Parce qu'elle ne signifie strictement rien de positif à nos yeux, si ce n'est qu'il y a encore trop de gens qui pensent que la situation pourra changer par les urnes et que l'Union Européenne a une réelle influence sur la nature d'un capitalisme qui serait à réformer, à moraliser ou à humaniser.

Ne nous laissons pas diviser par la bourgeoisie : continuons à construire notre révolution anarchiste, seul espoir pour abolir le capitalisme.

Il n’y aura jamais de capitalisme à visage humain car le capitalisme est une monstruosité.

Groupe anarchiste des Bons-Enfants - Nantes


SE RÉJOUIR DU BREXIT ? - Texte 2

"Brexit", ce néologisme inventé par les médias pour parler de la sortie de l’Union Européenne par le Royaume-Uni. Nous savons aujourd’hui ce qu’il en est. Et nous avons toutes et tous pu voir la joie de certains de nos compagnons de route ou proche camarade se réjouir du vote en faveur de cette sortie. Mais n’est-ce pas un peu se mettre le doigt dans l’œil ?

Tout d’abord, notons que c’est avant tout un vote de repli sur soi. La campagne a porté en grande partie sur l’idée que "entre nous, nous sommes mieux que salis par ces autres qui ne nous ressemblent pas". Nationalisme, patriotisme, xénophobie se sont exprimés comme rarement dans le Royaume-Uni, en flux tendu pendant des semaines. Le racisme anti-musulman, sur fond d’attentats en Europe et amalgames douteux, est en roue libre. Même la mort de la députée pro-UE, Jo Cox, abattu par un raciste proche du Ukip (parti d’extrême droite), n’a que peu ralenti la course à la haine. 

Comment, en tant qu’anarchistes, pourrions-nous nous satisfaire lorsque l’on voit un référendum être gagné sur des bases aussi malsaines ? Il y avait bien entendu des pros sortie de l’UE qui n’étaient pas sur ces délires, mais tous les sondages, toutes les études faites sur le vote final démontre que c’est bien la xénophobie (la peur de l’autre) qui a été le premier moteur en faveur du "Leave", et ce largement. 

Que nous le voulions ou non, l’idée de sortir pour se replier n’est pas une idée progressiste, et encore moins une idée qui devrait nous séduire. Même si ça enquiquine une partie des tenants du pouvoir, et une partie de la bourgeoisie européenne. Même si ça déstabilise les marchés qui ne sont que le reflet de notre société de consommation capitaliste. 

Portée par le racisme, la xénophobie, le nationalisme et le patriotisme, cette "victoire" ne peut être saluée sereinement par des anarchistes. Elle ne peut, au contraire, que nous alerter sur l’immense tâche qui est la nôtre dans l’avenir pour changer la société non par le repli communautaire, mais bien par la libération des humains de leurs chaînes. 

Si nous voulons du fédéralisme, nous le voulons à la sauce libertaire, si nous souhaitons la fin des frontières, ce n’est pas juste pour élargir le terrain de jeu des financiers, si nous désirons la fin de l’Europe, c’est que nous pensons que seul l’internationalisme couplé à une gestion anarchiste de la société est une porte de sortie valable. 

D’ailleurs, pour finir, notons que même l’argument d’une sortie contre le libéralisme ne tient pas. Les porteurs de la sortie de l’Union Européenne sont, dans leur immense majorité, des libéraux économique pur jus. Un libéralisme sous le drapeau de leur "belle nation", mais un libéralisme économique débridé quand même ! 

A nous anarchistes de démontrer que la tentation patriotico-nationaliste n’est jamais le chemin de la paix. 

Fab - Groupe Graine d’Anar - Lyon



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