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Mexique : mouvement social des enseignant-e-s et répression

Publié le 26 Juin 2016 (Mis à jour le :27-06-2016)


Dans la matinée du dimanche 19 juin 2016, des éléments de la police fédérale mexicaine sont arrivés dans la localité de Nochixtlán, Oaxaca, en vue d’évacuer le blocage de l’autoroute mis en place par des membres de La Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE), des étudiants et des pères et mères de famille depuis huit jours.Avec une violence extrême, la police a attaqué les manifestants, d’abord avec des gaz lacrymogènes et des tirs de flashball, et ensuite avec des armes à feu durant plusieurs heures. Huit personnes ont perdu la vie suite aux affrontements.

De plus, selon des informations de la CNTE, plus de 60 personnes ont été blessées, tant du corps professoral que des habitants de la communauté, sans que la police ne leur accorde l’accès à l’hôpital local. Les blessés ont été soignés par la population dans une église, avant d’être finalement transportés vers d’autres hôpitaux. Selon des informations des services de santé de Oaxaca, 31 blessés graves se trouvent actuellement à l’hôpital général “Pilar Sánchez Villavicencio” de Huajuapan de León et à l’hôpital général “Benito Juárez” de l’Institut Mexicain de Sécurité Socaile (IMSS) dans la ville de Oaxaca.

Un nombre indéfini d’enfants ont également été perdus de vue leurs parents au moment de la répression, leurs proches continuant à les rechercher.

Plus de 20 personnes ont été détenues et pour le moment 22 personnes sont portées disparues.

Extrait d'un article du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte.

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Communiqué Commun du Congrès National Indigène et de l’EZLN au sujet de la lâche attaque policière contre la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Éducation et la communauté indigène de Nochixtlán, Oaxaca.
Le 20 juin 2016.


Au peuple du Mexique.

Aux peuples du Monde :

Face à la lâche attaque répressive qu’ont subi les enseignants, les enseignantes et la communauté à Nochixtlán, dans l’état de Oaxaca [1], - par laquelle l’État Mexicain nous rappelle qu’il s’agit d’une guerre contre tous et toutes - ; les peuples, nations et tribus formant le Congrès National Indigène et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, faisons savoir au digne mouvement enseignant qu’il n’est pas isolé, que nous savons que la raison et la vérité sont de son côté, que la dignité collective avec laquelle leur résistance s’exprime est inébranlable, et que celle-ci est l’arme principale de ceux qui, comme nous, sont d’en-bas.

Nous rejetons l’escalade répressive avec laquelle ils cherchent à imposer dans tout le pays la réforme néolibérale capitaliste qu’ils appellent "éducative", principalement dans les états de Oaxaca, Chiapas, Guerrero et Michoacán. C’est par des menaces, des persécutions, des coups, des emprisonnements injustes et maintenant des assassinats qu’ils veulent faire plier la dignité des enseignants en rébellion.

Nous appelons nos peuples et la société civile en général à être aux côtés du corps enseignant qui résiste à chaque instant, à nous reconnaître en lui, car la violence utilisée pour les déposséder de garanties basiques du droit du travail afin de rendre l’éducation privée, est un reflet de la violence avec laquelle ils sont en train de spolier les peuples originels, les peuples paysans et urbains.

Ceux qui sont au pouvoir et qui s’en délectent ont décidé que l’éducation, la santé, les territoires indigènes et paysans, mais aussi la paix et la sécurité, sont une marchandise destinée à ceux qui peuvent la payer, que les droits ne sont pas des droits, mais des produits et services qu’on peut arracher, dépouiller, détruire ou négocier selon ce que dicte le grand capital. Et cette aberration, ils prétendent l’imposer de manière sanglante ; en assassinant et en faisant disparaître nos compañer@s, en envoyant nos porte-paroles dans des prisons de haute sécurité, en faisant de la torture éhontée un véritable marketing gouvernemental et, grâce à l’aide des médias commerciaux, en assimilant à la délinquance ce que la société mexicaine a de plus cher, c’est-à-dire ceux qui luttent, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas et qui ne lâchent rien.

Nous exigeons l’arrêt de la répression contre le corps enseignant en lutte et la libération immédiate et inconditionnelle de TOUS les prisonniers politiques.

Nous invitons tous les peuples de la campagne et des villes à être attentifs et solidaires avec la lutte enseignante, à nous organiser de manière autonome afin d’être au courant et vigilants face à cet orage qui s’abat sur toutes et tous, tout en sachant qu’un orage, en plus de la tempête et du chaos, rend aussi fertile la terre d’où éclot toujours un nouveau monde.

Depuis les montagnes, les champs, les vallées, les ravins et les quartiers des peuples, nations et tribus originaires du Mexique.

Jamais plus un Mexique Sans Nous !

Congrès National Indigène.

Armée Zapatiste de Libération Nationale.


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Communiqué de la FAM, le 19 juin 2016 :

Chers compas,
nous avons récemment dû faire face au gouvernement mexicain à bien des égards, aujourd'hui, la lutte et la résistance des enseignant.e.s est devenue le visage de la résistance, ad nauseam et du Ya Basta ! Par conséquent, pour nous, il est important d'envoyer un bref compte-rendu de ce qui se passe. ll faut noter que la plupart des membres de la FAM (Fédération anarchiste du Mexique) et d'autres groupes anarchistes sont dans cette lutte non seulement en tant que membres du syndicat des enseignants, mais aussi parce que nous pensons que c'est la digne rébellion des militant.e.s,c'est l'urgence sociale et les peuples qui nous appelle à lutter contre l'Etat.

En avril, les dernières manifestations des enseignant.e.s se sont intensifiées suite aux licenciements massifs que le gouvernement mexicain, dirigé contre les enseignant.e.s qui n'acceptent pas d'être évalué.e.s, avec sa loi « éducation de qualité » au service des intérêts de l'OCDE. Par conséquent, les militant.e.s ont augmenté le niveau des manifestations, avec une forte intensification au Chiapas, où les habitant.e.s des communautés sont venu.e.s pour accompagner les enseignant.e.s et exiger le départ de l'armée et de la police fédérale. Il y a eut des coups de feu, la rétention de la police fédérale par la population, ce qui a empêché les autorités fédérales d'entrer dans les communautés pour atteindre les enseignant.e.s. C'est le sommet de l'iceberg et un exemple pour les autres Etats de la République mexicain. Avec le soutien des communautés, la lutte des enseignant.e.s s'est intensifié.e, les gens ont arrêter l'avance de la police, afin que les enseignant.e.s continuent de protester et qu'il n'y ait pas de détenu.e et de disparu.e. Dans les diverses communautés d'Oaxaca, les habitant.e.s ont réussi à bloquer les routes et à arrêter l'avancée desforces répressives, qui avait l'air d'être mobilisé.e.s. La résistance s'est développée et avec elle l'organisation des communautés et des enseignant.e.s aussi. Pour nous, en tant que FAM, cela a été un moment d'insurrection sociale et de désobéissance qui a nous permis de sortir, de nous mobiliser coude à coude, de diffuser des idées et des informations. La situation est maintenant critique, en particulier dans l'état d'Oaxaca, où ont érigées un certain nombre de barricades et où les compas de l'AMZ (Alliance magoniste zapatiste) résistent également. On nous dit qu'il y a des affrontements avec la police fédérale dans diverses parties de l'Etat, où il y a déjà des camarades tué.e.s et disparu.e.s, parce que la lutte a été frontale et des policiers armés ont commencé à tirer sur des gens et des enseignant.e.s, des barricades sont réinstallées, mais la situation dans le centre et dans le sud du pays reste tendue.

La FAM participe à ces actions avec
les organisations autonomes d'enseignant.e.s et nous sommes en état d'alerte pour toute situation qui pourrait se produire à Oaxaca ou à Mexico. Nous vous demandons de rester à l'écoute et, si nécessaire, nous allons vous demander votre appui dans vos villes pour vous mobiliser devant les ambassades mexicaines.

Nous vous remercions de votre attention.
Fraternellement et
debout dans la lutte.

Fédération Anarchiste du Mexique